Le banquet pour le fils

 

28e dimanche du Temps ordinaire
Année A
– 12 octobre 2008


Lectures bibliques
Is 25, 6-10; Ps 22, 1-6;
Ph 4, 12-14.19-20; Mt 22, 1-14

Interpréter

Évangile

Après la parabole des vignerons assassins, Mathieu écrit que « les chefs des prêtres et les pharisiens comprirent qu’il parlait d’eux et ils cherchaient à l’arrêter ».

Le pouvoir arrogant ne connaît pas la vérité, il préfère fermer la bouche de celui qui la proclame. Dans cette tentative extrême pour ouvrir leurs yeux, Jésus insiste avec la parabole du banquet, en empruntant encore une fois les images du prophète Isaïe, cette portion des Écritures que les chefs religieux honoraient tant.

L’amour de Dieu est comparé à un festin où tous sont invités. Seuls ceux qui ne veulent pas entrer restent dehors. L’allusion aux prophètes qui n’ont pas été écoutés et qui ont été mis à mort est claire; il s’agit des serviteurs maltraités et tués. La réaction violente du roi de la parabole ne doit pas être appliquée matériellement à Dieu. Elle est plutôt en relation avec la destruction de Jérusalem après quoi l’invitation de Dieu, à travers la prédication des apôtres, s’adresse à tous les peuples, y compris ceux que les observants fanatiques de la loi considéraient comme impurs (= bons et mauvais).

Les invités aux croisées des chemins ne pouvaient certainement pas porter le vêtement de noce. La parabole n’a pas ces préoccupations de logique. Le but de cette finale (absente chez Luc, cf. 14, 16) est simplement de rappeler que l’accueil de l’invitation comporte une réponse cohérente qui est exprimée à travers le langage symbolique du vêtement, langage souvent utilisé dans la Bible pour indiquer un style de vie concrète, une manière d’être et d’agir (cf. Ep 6, 14; 1 Th 5, 8; Ap 19, 8).

Première lecture et psaume

Isaïe pouvait-il trouver une image plus éloquente pour annoncer la pleine réalisation des promesses de Dieu? « Un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés ». Un festin aux dimensions eschatologiques (= qui annonce le plein accomplissement au-delà du temps et de l’espace), qui a lieu là où la mort sera éliminée pour toujours et auquel tous les peuples de la terre sont invités, et accueillis.

Cette annonce sera scellée par la voix même du Fils de Dieu, fils du premier Israël d’où vient le salut universel (cf. récit évangélique d’aujourd’hui), et elle retentira sur toute la terre à travers la voix des apôtres.
Le psaume 22 chante Dieu en tant que pasteur qui conduit ses fidèles par le juste chemin et qui leur prépare une table, ce festin annoncé par Isaïe et par Jésus. Festin éternel dont la célébration eucharistique est le signe et le gage : « J’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours ».

Deuxième lecture

Saint Paul est en mesure de déposer devant les chrétiens de Philippes son témoignage de fidélité courageuse au Christ et à son Évangile.Il n’a pas lâché prise devant la prison et la persécution. C’est ce témoignage qui donne du prix à ses paroles, témoignage impossible sans la force qui vient de Dieu.
Cependant, l’apôtre reconnaît avec beaucoup d’humanité que ce secours venant d’en haut passe aussi par les sentiments humains, la présence d’amis. C’est pourquoi il remercie les chrétiens de Philippes de leur proximité, du partage et du soutien matériel reçu (cf. v. 15-18 omis par la péricope liturgique).

Annoncer

Il ne suffit pas d’être appelés; il faut répondre : « Au Baptême, nous avons été appelés à former un seul corps. L’Eucharistie réalise cet appel » (CCC 1396).

La célébration eucharistique manifeste notre réponse au Baptême, c’est-à-dire l’engagement à vivre d’eucharistie. En d’autres mots, nous sommes appelés à faire don de nous-mêmes, conscients que là est le véritable culte qui rend gloire à Dieu et qui nous unit comme membres d’un seul corps.Participer à l’Eucharistie, accueillir l’invitation au festin de la nouvelle Alliance est aussi un engagement (= le vêtement nuptial).

Enseigner

Dans sa phase terrestre, le Royaume de Dieu, comme le champ où croît la bonne et la mauvaise herbe, comme le filet qui retient les bons et les mauvais poissons, n’est pas une assemblée de parfaits.Chaque communauté chrétienne doit se résigner à vivre avec les incohérences de sa propre faiblesse, de l’inévitable fragilité humaine. Cela ne signifie pas que nous devions faire de la médiocrité une habitude, un idéal.

Les propositions doivent toujours être sérieuses et élevées. La communauté chrétienne est telle parce que toujours en état de conversion.

Exhorter

« La multitude des hommes est appelée, mais les élus sont peu nombreux ». Cette affirmation n’a pas pour but de satisfaire la curiosité sur le nombre des sauvés. Elle appartient plutôt au genre apocalyptique qui, avec des images extrêmes, veut solliciter une réponse courageuse et responsable.

De plus, dans le langage sémitique, l’opposition plusieurs-peu n’a aucune signification d’exclusion, comme il apparaît clairement d’ailleurs dans les paroles de l’institution au cours du dernier repas : « Ceci est le sang de l’alliance versé pour la multitude en rémission des péchés » (Mt 26, 28)… c’est-à-dire pour tous!

Introduire au mystère

Tout en étant d’une grande richesse symbolique, la remise du vêtement blanc au Baptême a surtout une valeur eschatologique et nuptiale : c’est l’invitation au banquet nuptial éternel où les bienheureux portent des vêtements blancs lavés dans le sang de l’Agneau (cf. Ap 7, 14) et l’Épouse (= l’Église des bienheureux) porte un vêtement « d’un lin resplendissant et pur » (Ap 19, 8), c’est-à-dire un vêtement blanc.

S. Sirboni